Les Black et White Sessions de Bernard Lenoir
L'histoire mythique des concerts de Bernard Lenoir sur France Inter.
L'Histoire des Black Sessions
Créées en février 1992 par Bernard Lenoir, Michelle Soulier et Hilda Haddad (Carr), les Black Sessions sont devenues une institution du rock indépendant. Enregistrées majoritairement dans le mythique Studio 105 de la Maison de la Radio, ces sessions offraient des concerts live d'une intensité rare, diffusés en direct sur France Inter.
Le rituel était immuable : un public passionné, une équipe technique soudée et la voix de Bernard Lenoir pour guider les auditeurs.
Si la numérotation officielle débute au début de l'année 1992, les prémices du concept remontent aux années 90. À cette époque, des groupes comme Little Nemo, Babel 17 ou The Field Mice enregistraient eux-mêmes des morceaux dans des conditions "live" pour l'émission. Ces sessions non numérotées portaient déjà le sceau de l'exigence Lenoir.
Le 25 février 1992 marque l'acte de naissance officiel avec le groupe français Welcome To Julian (Session n°1). Suivront des noms de légende : The Cure, Radiohead, Pulp, REM, dEUS, ou Arctic Monkeys. À ses côtés, Hilda (future Madame Carr) joua un rôle clé, assurant les interviews en anglais et facilitant la venue de groupes internationaux majeurs.
Black vs White Session ?
Bernard Lenoir vous explique la genèse :
L'Intimité des White Sessions
En marge de l'électricité des Black Sessions, l'émission a décliné son concept via les White Sessions. Si ces dernières offraient un contrepoint plus acoustique, leur création répondait aussi à un impératif logistique.
Pour de nombreux groupes de passage à Paris, il était complexe de se libérer une soirée entière. La White Session, enregistrée en journée, permettait d'accueillir ces artistes entre deux dates de tournée. Ce format souple a permis d'immortaliser des formations majeures qui n'auraient pu figurer autrement dans les archives de la Maison de la Radio.
Les Lieux de ces concerts mythiques
Au-delà de la programmation, l'identité des Black Sessions s'est forgée dans l'acoustique singulière des studios de la Maison de la Radio, véritables écrins sonores ayant chacun leur caractère et leur histoire.
Studio 105
Le temple historique
C’est le studio emblématique des Black Sessions. Avec ses gradins rouges et son acoustique mate et précise, il offrait une proximité incroyable avec les artistes. C'est ici que l'énergie brute du rock indépendant s'exprimait le mieux, dans une ambiance de club confiné mais électrisant.
Studio 104
La salle de prestige
Aussi appelé "Salle Olivier Messiaen", ce studio monumental permettait d'accueillir un public plus large. Son volume imposant et son acoustique plus ample étaient réservés aux sessions exceptionnelles (comme les Breeders ou Divine Comedy), donnant aux concerts une dimension quasi solennelle.
Studio 106
Le laboratoire intimiste
Plus petit, le 106 était souvent le refuge des sessions plus confidentielles ou des White Sessions. Son atmosphère de studio d'enregistrement pur, dépouillé de tout artifice, favorisait la captation de moments suspendus, souvent acoustiques et d'une grande fragilité mélodique.
Portrait d'un Défricheur et Passeur
Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama, 2005
Né le 13 septembre 1945 à Deauville, Bernard Lenoir passe son enfance et son adolescence en Algérie avant de s'exiler en juin 1962. Il s'installe alors sur la Côte d'Azur où il fait ses premières armes comme disc-jockey et chanteur des Radis Beurre, un groupe de surf-pop mentonnais.
Sa trajectoire radiophonique débute véritablement à France Inter au début des années 1970. En tant qu’assistant et programmateur musical, il rejoint le célèbre Pop-Club de José Artur. Aux côtés de Patrice Blanc-Francard, il collabore à une multitude d’émissions explorant des genres variés — du yé-yé à la musique noire américaine en passant par la world music — avant de s'imposer comme le grand défenseur du rock indépendant d’Outre-Manche.
De septembre 1978 à novembre 1984, il prend son envol avec l'émission Feedback. C'est durant cette période qu'il marque l'histoire de la radio en retransmettant, le 18 décembre 1979, le concert mythique de Joy Division aux Bains-Douches.
Souvent qualifié de « John Peel français », Lenoir a su adapter le concept des célèbres Peel Sessions de la BBC pour créer les Black Sessions. Réalisée par sa fidèle collaboratrice Michelle Soulier, son émission est devenue le sanctuaire du rock indépendant, diffusée en soirée sur France Inter et ponctuée d’événements extérieurs majeurs comme La Route du Rock.
Personnage central de l'univers musical français, Bernard Lenoir s'entourait de plumes majeures comme Michka Assayas ou Hugo Cassavetti. Grand ordonnateur du festival La Route du Rock, il a créé un pont unique entre les ondes et la scène.
Parallèlement à ses escapades sur Europe 1 et à la télévision, où il insuffle l'esprit de sa séquence Rockline dans l'émission culte Les Enfants du rock (aux côtés de Philippe Manœuvre, Pierre Lescure et Antoine de Caunes), Bernard Lenoir scelle son retour sur France Inter en 1990. C'est cependant la naissance du magazine Les Inrockuptibles qui marquera le tournant décisif de sa carrière : de cette complicité intellectuelle et musicale avec la rédaction naît une émission au style sans concession, entièrement dédiée à la "musique pas comme les autres". Ce lien est si étroit que le programme empruntera même le nom du magazine pendant plusieurs années, s'imposant comme le rendez-vous incontournable des défricheurs sonores.
Bernard Lenoir décrit son émission "C'est Lenoir"
Bernard Lenoir explique son emisson lors de son passage chez Brigitte PATIENT et Hervé PAUCHON
Le Crépuscule d'un Gentleman
L'histoire de l'émission fut aussi celle d'une résistance. Menacée en 2000 pour des raisons budgétaires, elle fut sauvée par une mobilisation sans précédent.
Le Printemps 2000 : La Révolte des "Zoditeurs"
En mai 2000, une crise budgétaire menace les sessions. Face à l'annonce de leur fin, la "Lenoir liste" mobilise des milliers de fans. Cette communauté prouve alors que les Black Sessions ne sont pas qu'une émission, mais un service public culturel indispensable.
En 2003, faute de budget, les Black Sessions sont menacées de disparition par la direction de France Inter. Finalement après un échange de courrier entre Lenoir et Jean Luc Hees dans Les Inrocks, ces dernières sont maintenues à l'antenne.
Cependant de nombreuses rumeurs courent entre 2004 et 2006 annonçant le départ en retraite de Bernard Lenoir ou la disparition de son émission de la grille des programmes de France Inter. En 2006, Lenoir entame une nouvelle saison le 4 septembre 2006 sur un nouveau créneau horaire moins favorable entre 22h-23h, du lundi au jeudi, avec toujours aux manettes, sa fidèle réalisatrice depuis plus de 20 ans, Michelle Soulier.
A la rentrée 2010, L'émission "C'est Lenoir" est également programmé le vendredi soir, toujours de 22h à 23h.
En juin 2011, les rumeurs de non-reconduction de l'émission à la rentrée de septembre se font insistantes. Lors de la dernière émission du 1er juillet, Lenoir laisse entendre qu'il pourrait revenir à la rentrée sur le créneau 23h-minuit si il arrive à motiver Michelle Soulier à cet horaire tardif...
Le 25 août 2011, un mail nous apprend la fin de l'émission "C'est Lenoir" sur France Inter:
"Entre musique pas comme les autres et vie au grand air, j'ai enfin choisi. Merci pour ces longues années de complicité et de soutien indéfectible. Cela ne sera pas facile de vivre sans ce rendez-vous quotidien. Vous me manquerez. Caresse et bise à l'œil..."
“Je n’ai pas envie d’aller m’asseoir sur un banc pour regarder la mer tous les jours. Bien sûr que je veux continuer de faire de la radio, avec plaisir. Dès demain. Je suis malade d’arrêter. La mort dans l’âme, je suis obligé de tourner cette page, mais j’espère revenir à la radio bientôt.” ...
La 330ème Black Session (Dark Dark Dark, 20 juin 2011) fut la dernière. Le dernier morceau diffusé par Lenoir restera "Love and Blessing" de Paul Simon, le 1er juillet 2011.
Bernard Lenoir explique son départ
Bernard Lenoir revient sur les raisons de son départ de l'antenne après de Isabel Pasquier sur France Inter
Un Parcours d'Inrockuptible
Le parcours de Bernard Lenoir est marqué par des émissions cultes et une parenthèse notable sur les radios privées.
Feedback
1978 - 1984
L'époque mythique de la diffusion du concert de Joy Division.
Europe 1
1986 - 1990
Un intermède de 4 ans où il anime notamment avec Laurence Boccolini.
L'Inrockuptible
1991 - 1996
La naissance de la collaboration avec le magazine éponyme.
C'est Lenoir
1996 - 2011
L'émission de référence jusqu'à la 330ème Black Session.
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Lenoir
- 17 septembre 1990-9 mai 1991, du lundi au jeudi, 21h00-22h30
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L'Inrockuptible
- 13 mai 1991-27 juin 1996, initialement du lundi au jeudi, puis du lundi au vendredi, 21h00-22h00
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C'est Lenoir rebaptisée en 1996 sous la formule « Le rock c'est le soir... c'est Lenoir ! ». L'émission connaît plusieurs tranches horaires au cours de sa programmation.
- du lundi au jeudi saison 1996-1997 de 22h00 à 22h30
- du lundi au jeudi saisons 1997-1998 et 1998-1999 de 21h45 à 22h30
- du lundi au jeudi saisons 1999-2000 et 2000-2001 de 21h30 à 22h30
- du lundi au jeudi saisons 2001-2002 à 2005-2006 de 21h00 à 22h00
- du lundi au jeudi saison 2006-2007 de 22h10 à 23h00
- du lundi au jeudi saisons 2007-2008 et 2008-2009 de 22h05 à 23h00
- du lundi au jeudi saison 2009-2010 de 22h00 à 23h00
- du lundi au vendredi saison 2010-2011 de 22h00 à 23h00