Le Décor : Strasbourg en clair-obscur
Février 1994. Les Tindersticks ne sont plus seulement une promesse, ils sont le groupe qui redéfinit la mélancolie. Ce soir-là, Bernard Lenoir délocalise ses micros à La Salamandre de Strasbourg. L’air est froid, le groupe est arrivé très tard — on a même craint une annulation — mais ils sont finalement sept sur scène. Terry Edwards a rejoint la "demi-douzaine" habituelle et Dickon, le violoniste-instituteur, a réussi à se libérer pour la tournée.
Le Concert : Une tension sous le velours
Dès l'ouverture sur Patchwork, le public strasbourgeois est "médusé". Stuart Staples, dandy au baryton de velours, installe un climat immédiat, tout en lançant au public qu'il peut "gueuler tant qu'il veut", car il ne comprend rien. Mais derrière cette élégance, la tension grimpe : Stuart s'agace violemment d'un problème de feedback dans son retour de scène.
Le calme revient pour Kathleen, "petit chef-d'œuvre" et dernier single en date. Lenoir observe Stuart de profil : avec ses cheveux "gras mouillés" sur la nuque et sa guitare, il lui trouve un air de Bryan Ferry, le côté dandy en moins et la sueur des dix ans de galère en plus.
"Jism" : Le sommet et la frustration
Arrive enfin Jism, le titre qui tourne en boucle sur Inter. Le morceau se déploie, hypnotique, magistral... mais le couperet tombe. Ce n'est pas un incident, mais la rigueur impitoyable de la grille horaire : la diffusion est coupée à l'antenne car l'émission touche à sa fin. Pour les auditeurs, la frustration est totale. Ils ignorent alors que sur scène, l'ambiance est au bord de l'explosion.
Porté par un public déchaîné, le groupe revient finalement pour deux rappels salvateurs, dont un final épique sur Marbles. Stuart aura même une "petite douceur" pour le technicien retour, scellant la légende de cette nuit strasbourgeoise où le rock habité a failli virer au pugilat.
Line-up (Les Sept)
- Stuart A. Staples / Chant, Guitare
- David Boulter / Claviers
- Dickon Hinchliffe / Violon
- Terry Edwards / Trompette
- Neil Fraser / Guitare
- Mark Colwill / Basse
- Alastair Macaulay / Batterie